mardi 22 novembre 2016

PREMIÈRE RÉSIDENCE EN TANT QU'ARTISTE

In Givors City:
"Boîte à outils de crises" :
gestion du chaos et autres bazars d'enclumes...
Installation à LA MOSTRA
en Mai 2017...



samedi 15 octobre 2016

COLLECTIF VAVILOV


De la tomate sauvage hirsute au sorgho du Soudan,
comment sauver le grenier du monde ?
Située à Saint-Pétersbourg, en Russie,
l’Institut Vavilov de ressources génétiques végétales (VIR) est la plus ancienne et l’une des plus grandes banques de graines au monde.
Elle abrite une collection de plus de 300 000 semences, racines, boutures et fruits
collectés à travers le monde depuis 1894.
Cette collection vivante est aujourd'hui menacée par le manque de moyens et la pression foncière.

Afin de soutenir ce grenier du monde, un collectif d’acteurs français constitué d’associations,
d’une entreprise et d’un fonds de dotation œuvre depuis 2014
sous le nom de Collectif Vavilov.
Initiateur de ce collectif, le CRBA, réunissait hier son réseau
au Château de Lacroix-Laval dans le cadre des Rencontres des Conservatoires 2016.

Invitée à animer l’un des ateliers portant sur l’art et l’histoire de l’art
avec Anne Allimant et Emmanuel Louisgrand,
je vous livre donc ici mon relevé de notes de cette après-midi fertile et fructueuse…

Un grand merci à Stéphane Crozat et Sabrina Novak du CRBA pour cette invitation.


Au gré de cette après-midi, juste après…midi, au moment crucial et nécessaire de la sieste,
je me suis laissée bercer, 
dans le cours des interventions de Igor Loskoutov et Margarita Vishnyakova
 par la douceur de cette langue russe

Presque délicieusement endormie, je l’avoue, je me suis laissé surprendre
par la compréhension d’une langue qui n’était pas la mienne. 
Sa traduction immédiate et très délicate, par soucis de fidélité, butait parfois
sur des termes techniques, pas forcément compréhensibles par tous,
mais elle laissait envisager, malgré tout une sorte de langage, de vocabulaire, très archaïque, entendable par tous…universel…?
Au moment où je me posais cette question, mon voisin, Bertrand Rétif, paysagiste,
compagnon de longue route et d’école buissonnière,
 a juste évoqué

Jack et son haricot magique.

Alors, j’ai imaginé pour répondre à la question  qui nous était posée
dans les ateliers qui allaient suivre

"Quelles variétés de légumes, de fruits et de fleurs utiliserons-nous demain ?"


cette petite liste à la Prévert :

-Une variété de haricot magique pour remplacer les escalators 

-Une variété de cucurbitacée pour se déplacer en citrouille

(essence de citrouille, pourquoi pas?)

-Une variété de bois d’arbre spéciale cabane et de paille spéciale maisonnette

-Une variété de choux et de roses qui simplifieraient la reproduction.

-Une variété de carottes qui feraient les fesses plus roses et nous rendrait encore plus aimables
(est-ce possible?)

-Une variété de pommes de Blanche-Neige pour soulager les insomniaques

-Des bonnes poires pour soigner les escrocs

-Des trèfles à 4 feuilles, en veux-tu, en voilà,
de l’oseille et du blé pour tout le monde

-De raisins pour apaiser la colère

-D’épinards pour être aussi costaud que Popeye

-Mais bon, pas trop de marron ni de châtaigne s’il vous plait

-Et puis surtout:
Une marguerite mono-pétale pour dire : Je t’aime et puis c’est tout….

En fait, la nature, peu rancunière, a d’ores et déjà réponse à tout.
 Alors pourquoi inventer encore d’autres variétés, d’autres espèces?
Sortons plutôt de cette amnésie collective d’une mémoire
bien heureusement
gardée par quelques soigneuses vestales telles que l'Institut Vavilov ou le CRBA. 
Retrouvons le chemin buissonnier
qui nous permettra de cultiver déjà l’existant et
tout simplement
de regagner ce nous avons perdu…
peut-être
….
le Paradis ?


Centre de Recherches en Botanique Appliquée

http://www.crba.fr/





lundi 3 octobre 2016

Vers le Transsibérien...




"...et en montant dans le train j’avais perdu un bouton
– Je m’en souviens, je m’en souviens, j’y ai souvent pensé depuis (...)
Le train avance et le soleil retarde
Quand on voyage, on devrait fermer les yeux (...)


En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais
Déjà plus de mon enfance
J'étais à seize mille lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois
Clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille
et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
que mon cœur, tour à tour, brûlait
comme le temple d' Éphèse ou comme la Place Rouge
de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
que je ne savais pas aller jusqu'au bout.
Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
croustillé d'or, avec les grandes amandes
des cathédrales toutes blanches
et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint Esprit
s'envolaient sur la place
et mes mains s'envolaient aussi, avec des bruissements d'albatros
et ceci, c'était les dernières réminiscences du dernier jour
du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu'au bout.
J'avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés
Et tous les verres
j'aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon
sur les mauvais pavés
j'aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j'aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus
Sous les vêtements qui m'affolent...
Je pressentais la venue du grand Christ rouge
de la révolution russe...
Et le soleil était une mauvaise plaie
qui s'ouvrait comme un brasier.

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais
déjà plus de ma naissance
J'étais à Moscou, où je voulais me nourrir de flammes
Et je n'avais pas assez des tours et des gares
que constellaient mes yeux
En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre
la faim le froid la peste le choléra
Et les eaux limoneuses de l'Amour
charriaient des millions de charognes
Dans toutes les gares je voyais partir les derniers trains
Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
et les soldats qui s'en allaient auraient bien voulu rester...
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorode.

Moi, le mauvais poète, qui ne voulais aller nulle part,
je pouvais aller partout
Et aussi les marchands avaient encore assez d'argent
pour aller tenter faire fortune.
Leur train partait tous les vendredis matin.
On disait qu'il y avait beaucoup de morts.
L'un emportait cent caisses de réveils et de coucous
de la Forêt-Noire
un autre, des boîtes à chapeaux, des cylindres
et un assortiment de tire-bouchons de Sheffield
Un autre, des cercueils de Malmoë remplis de boîtes de conserve
et de sardines à l'huile
Puis il y avait beaucoup de femmes
Des femmes, des entre-jambes à louer qui pouvaient aussi servir
Des cercueils
Elles étaient toutes patentées
On disait qu'il y avait beaucoup de morts là-bas
Elles voyageaient à prix réduits
et avaient toutes un compte-courant à la banque.

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur
en bijouterie qui se rendait à Karbine
Nous avions deux coupés dans l'express et trente quatre coffres
de joaillerie de Pforzheim
De la camelote allemande "Made in Germany"
Il m'avait habillé de neuf, et en montant dans le train
j'avais perdu un bouton
Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis
Je couchais sur les coffres et j'étais tout heureux de pouvoir jouer
avec le browning nickelé qu'il m'avait aussi donné

J'étais très heureux
Insouciant
Je croyais jouer aux brigands
Nous avions volé le trésor de Golconde et nous allions,
grâce au transsibérien, le cacher de l'autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l'Oural qui avaient attaqué
les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs
Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout, contre les plus modernes
Les rats d'hôtel
Et les spécialistes des express internationaux.
Et pourtant, et pourtant
J'étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La "moëlle chemin-de-fer" des psychiatres américains
Le bruit des portes, des voies, des essieux grinçant
sur les rails congelés
Le ferlin d'or de mon avenir
Mon browning, le piano et les jurons des joueurs de cartes
dans le compartiment d'à côté
L'épatante présence de Jeanne
L'homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement
dans le couloir et qui me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature !
Et derrière, les plaines sibériennes, le ciel bas et les grandes ombres
des Taciturnes qui montent et qui descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle écossais
Et l'Europe tout entière aperçue au coupe-vent
d'un express à toute vapeur
n'est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d'or
avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l'univers
est une pauvre pensée...

Du fond de mon cœur des larmes me viennent
Si je pense, Amour, à ma maîtresse ;
Elle n'est qu'une enfant, que je trouvai ainsi
Pâle, immaculée, au fond d'un bordel.

Ce n'est qu'une enfant, blonde, rieuse et triste,
elle ne sourit pas et ne pleure jamais ;
mais au fond de ses yeux, quand elle vous y laisse boire,
tremble un doux lys d'argent, la fleur du poète.

Elle est douce et muette, sans aucun reproche,
avec un long tressaillement à votre approche ;
mais quand moi je lui viens, de-ci, de-là, de fête,
elle fait un pas, puis ferme les yeux
et fait un pas.
Car elle est mon amour, et les autres femmes
n'ont que des robes d'or sur de grands corps de flammes,
ma pauvre amie est si esseulée,
elle est toute nue, n'a pas de corps
elle est trop pauvre.

Elle n'est qu'une fleure candide, fluette,
la fleur du poète, un pauvre lys d'argent,
tout froid, tout seul, et déjà si fané
que les larmes me viennent si je pense à son cœur.
Et cette nuit est pareille à cent mille autres
quand un train file dans la nuit
- Les comètes tombent -
et que l'homme et la femme, même jeunes, s'amusent à faire l'amour.

Le ciel est comme la tente déchirée d'un cirque pauvre
dans un petit village de pêcheurs
en Flandres
Le soleil est un fumeux quinquet
et tout au haut d'un trapèze une femme fait la lune.
La clarinette, le piston, une flûte aigre et un mauvais tambour
et voici mon berceau
Mon berceau
Il était toujours près du piano quand ma mère comme Madame Bovary
jouait les sonates de Beethoven
J'ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone
et l'école buissonnière, dans les gares devant les trains en partance
Maintenant, j'ai fait courir tous les trains derrière moi :
Bâle-Tombouctou
J'ai aussi joué aux courses à Auteuil et à Longchamp
Paris-New York
Maintenant, j'ai fait courir tous les trains tout le long de ma vie
Madrid-Stockholm
Et j'ai perdu tous mes paris
Il n'y a plus que la Patagonie,
la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse,
la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud
Je suis en route.
J'ai toujours été en route
Je suis en route avec la petite Jehanne de France
Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
Le train retombe sur ses roues
Le train retombe toujours sur toutes ses roues.

"Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ?"
Nous sommes loin Jeanne, tu roules depuis sept jours
tu es loin de Montmartre, de la butte qui t'a nourrie,
du Sacré-Cœur contre lequel tu t'es blottie
Paris a disparu et son énorme flambée
il n'y a plus que les cendres continues
la pluie qui tombe
la tourbe qui se gonfle
la Sibérie qui tourne
les lourdes nappes de neige qui remontent
et le grelot de la folie qui grelotte comme un dernier
désir dans l'air bleui
Le train palpite au cœur des horizons plombés
Et ton chagrin ricane...

"Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?"

Les inqiétudes
oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
les fils télégraphiques auxquels elles pendent
les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s'étire s'allonge et se retire comme un accordéon
qu'une main sadique tourmente
dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
s'enfuient
et dans les trous, les roues vertigineuses les bouches les voix
et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le broun-roun-roun des roues
Chocs
Rebondissements
Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd...

"Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?"

Mais oui, tu m'énerves, tu le sais bien, nous sommes bien loin
La folie surchauffée beugle dans la locomotive
la peste, le choléra, se lèvent comme des braises ardentes
sur notre route
Nous disparaissons dans la guerre en plein dans un tunnel
La faim, la putain, se cramponne aux nuages en débandade
et fiente des batailles en tas puants de morts
Fais comme elle, fais ton métier...

"Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?"

Oui, nous le sommes, nous le sommes
Tous les boucs émissaires ont crevé dans ce désert
Entends les sonnailles de ce troupeau galeux
Tomsk
Tchéliabinsk Kainsk Obi Taïchet Verkné Oudinsk
Kourgane Samara Pensa-Toulone
La mort en Mandchourie
est notre débarcadère est notre dernier repaire
Ce voyage est terrible
Hier matin
Ivan Oulitch avait les cheveux blancs
et Kolia Nicolaï Ivanovitch se ronge les doigts
depuis quinze jours...
Fais comme elles, la Mort la Famine, fais ton métier
Ça coûte cent sous,
en transsibérien, ça coûte cent roubles
En fièvre les banquettes et rougeoie sous la table
Le diable est au piano
ses doigts noueux excitent toutes les femmes
La Nature
Les Gouges
Fais ton métier jusqu'à Karbine...

"Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?"

Non mais... fiche-moi la paix... laisse-moi tranquille
Tu as les hanches angulaires
ton ventre est aigre et tu as la chaude-pisse
c'est tout ce que Paris a mis dans ton giron
C'est aussi un peu d'âme... car tu es malheureuse
J'ai pitié j'ai pitié viens vers moi sur mon cœur
Les roues sont les moulins à vent du pays de Cocagne
et les moulins à vent sont les béquilles qu'un mendiant
fait tournoyer
Nous sommes les cul-de-jatte de l'espace
Nous roulons sur nos quatre plaies
On nous a rogné les ailes,
les ailes de nos sept péchés
Et tous les trains sont les bilboquets du diable
Basse-cour
Le monde moderne
La vitesse n'y peut mais
le monde moderne
les lointains sont par trop loin
et au bout du voyage c'est terrible d'être un homme
avec une femme...

"Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre?"

J'ai pitié j'ai pitié viens vers moi
je vais te conter une histoire
Viens dans mon lit
Viens sur mon cœur
Je vais te conter une histoire...

Oh viens ! viens !

Aux Fidji règne l'éternel printemps
La paresse
L'amour pâme les couples dans l'herbe haute
et la chaude syphilis rôde sous les bananiers
Viens dans les îles perdues du Pacifique !
Elles ont nom du Phénix, des Marquises,
Bornéo et Java
Et Célèbes à la forme d'un chat.

Nous ne pouvons pas aller au japon
Viens au Mexique !
Sur ses hauts plateaux les tulipiers fleurissent
Les lianes tentaculaires sont la chevelure du soleil
On dirait la palette et les pinceaux d'un peintre
Des couleurs étourdissantes comme des gongs,
Rousseau y a été
il y a ébloui sa vie
C'est le pays des oiseaux
L'oiseau du paradis, l'oiseau-lyre
Le toucan, l'oiseau moqueur
Et le colibri niche au cœur des lys noirs
Viens !
Nous nous aimerons dans les ruines majestueuses
d'un temple aztèque
Tu seras mon idole
Une idole bariolée enfantine un peu laide
et bizarrement étrange
Oh viens !

Si tu veux nous irons en aéroplane et nous survolerons
Le pays des mille lacs,
Les nuits y sont démesurément longues
L'ancêtre préhistorique aura peur de mon moteur
J'atterrirai
Et je construirai un hangar pour mon avion avec les os
fossiles de mammouth
Le feu primitif réchauffera notre pauvre amour
Samowar
Et nous nous aimerons bien bourgeoisement
près du pôle
Oh viens !


Elle dort.
Elle dort
Et de toutes les heures du monde
elle n'en a pas gobé une seule
Tous les visages entrevus dans les gares
toutes les horloges
L'heure de Paris l'heure de Berlin
l'heure de St Pétersbourg et l'heure de toutes les gares
Et à Oufa, le visage ensanglanté du canonnier
et le cadran bêtement lumineux de Grocho
Et l'avance perpétuelle du train
Tous les matins on met les montres à l'heure
Le train avance et le soleil retarde
Rien n'y fait, j'entends les cloches sonores
Le gros bourdon de Notre - Dame
La cloche aigrelette du Louvre qui sonna la Barthélemy
Les carillons rouillés de Bruges-la-Morte
Les sonneries électriques de la bibliothèque
de New-York
Les campagnes de Venise
Et les cloches de Moscou, l'horloge de la Porte - Rouge
qui me comptait les heures quand j'étais dans un bureau
Et mes souvenirs
Le train tonne sur les plaques tournantes
Le train roule
Un gramophone grasseye une marche tzigane
et le monde, comme l'horloge du quartier juif de Prague,
tourne éperdument à rebours.

Effeuille la rose des vents
Voici que bruissent les orages déchaînés
Les trains roulent en tourbillon sur les réseaux enchevêtrés
Bilboquets diaboliques
Il y a des trains qui ne se rencontrent jamais
D'autres se perdent en route
Les chefs de gare jouent aux échecs
Tric - trac
Billard Caramboles Paraboles
La voie ferrée est une nouvelle géométrie
Syracuse Archimède
Et les soldats qui l'égorgèrent
Et les galères et les vaisseaux
Et les engins prodigieux qu'il inventa
Et toutes les tueries
L'histoire antique
L'histoire moderne
Les tourbillons
Les naufrages
Même celui du Titanic que j'ai lu dans le journal
Autant d'images - associations
que je ne peux pas développer dans mes vers
Car je suis encore fort mauvais poète
Car l'univers me déborde
Car j'ai négligé de m'assurer
contre les accidents de chemin de fer
Car je ne sais pas aller jusqu'au bout
Et j'ai peur.



J'ai peur
Je ne sais pas aller jusqu'au bout
Comme mon ami Chagall
je pourrais faire une série de tableaux déments
mais je n'ai pas pris de notes en voyage
"Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître
l'ancien jeu des vers"
comme dit Guillaume Apollinaire
Tout ce qui concerne la guerre
on peut le lire dans les Mémoires de Kouropatkine
ou dans les journaux japonais
qui sont aussi cruellement illustrés
A quoi bon me documenter
Je m'abandonne
aux sursauts de ma mémoire...

À partir d'Irkountsk le voyage devint
beaucoup trop lent beaucoup trop long
Nous étions dans le premier train
qui contournait le lac Baïkal
On avait orné la locomotive de drapeaux
et de lampions et nous avions quitté la gare
aux accents tristes de l'hymne au Tzar.
Si j'étais peintre
je déverserais beaucoup de rouge,
beaucoup de jaune sur la fin de ce voyage
car je crois bien que nous étions tous un peu fous
et qu'un délire immense ensanglantait les faces énervées
de mes compagnons de voyage
Comme nous approchions de la Mongolie
qui ronflait comme un incendie.
Le train avait ralenti son allure
et je percevais dans le grincement perpétuel des roues
les accents fous et les sanglots d'une éternelle liturgie

J'ai vu
J'ai vu les trains silencieux les trains noirs
qui revenaient de l'Extrême-Orient
et qui passaient en fantômes
Et mon œil, comme le fanal d'arrière,
court encore derrière ces trains
À Talga
cent mille blessés agonisaient
faute de soins
J'ai visité les hôpitaux de Kranoïarsk
et à Khilok nous avons croisé un long convoi
de soldats fous
J'ai vu dans les lazarets
des plaies béantes des blessures
qui saignaient à pleines orgues
Et les membres amputés dansaient autour
ou s'envolaient dans l'air rauque
L'incendie était sur toutes les faces dans tous les cœurs
Des doigts idiots tambourinaient sur toutes les vitres
Et sous la pression de la peur
les regards crevaient comme des abcès
Dans toutes les gares on brûlait tous les wagons
Et j'ai vu
J'ai vu des trains de soixante locomotives
qui s'enfuyaient à toute vapeur
pourchassés par les horizons en rut
et des bandes de corbeaux qui s'envolaient
désespérément après
disparaître
dans la direction de Port - Arthur.
À Tchita nous eûmes quelques jours de répit
Arrêt de cinq jours vu l'encombrement de la voie
Nous le passâmes chez Monsieur Iankéléwitch
qui voulait me donner sa fille unique en mariage
Puis le train repartit.
Maintenant c'était moi qui avais pris place au piano
et j'avais mal aux dents
Je revois quand je veux cet intérieur si calme
le magasin du Père et les yeux de sa fille
qui venait le soir dans mon lit
Moussorgsky
Et les lieder de Hugo Wolf
Et les sables du Gobi
Et à Khaïlar une caravane de chameaux blancs
Je crois bien que j'étais ivre
durant plus de cinq cents kilomètres
mais j'étais au piano et c'est tout ce que je vis
Quand on voyage on devrait fermer les yeux
Dormir
J'aurais tant voulu dormir
Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur
et je reconnais tous les trains au bruit qu'il font
Les trains d' Europe sont à quatre temps
tandis que ceux d' Asie sont à cinq ou sept temps
D'autres vont en sourdine sont des berceuses
et il y en a qui dans le bruit monotone des roues
me rappellent la prose lourde de Maeterlinck
J'ai déchiffré tous les textes confus des roues
et j'ai rassemblé les éléments épars d'une violente beauté
Que je possède
Et qui me force.
Tsitsika et Kharbine
Je ne vais pas plus loin
C'est la dernière station
Je débarquai à Kharbine comme on venait de mettre
le feu au bureau de la Croix - Rouge.
O Paris
Grand foyer chaleureux avec les tisons entrecroisés
de tes rues et tes vieilles maisons
qui se penchent au-dessus et se réchauffent
Comme des aïeules
Et voici des affiches, du rouge du vert
Multicolores comme mon passé bref
Du jaune
Jaune
La fièvre couleur des romans de la France à l'étranger.
J'aime me frotter dans les grandes villes
aux autobus en marche
Ceux de la ligne Saint Germain - Montmartre
m'emportent à l'assaut de la Butte
Les moteurs beuglent comme les taureaux d'or
Les vaches du crépuscule broutent le Sacré - Cœur
O Paris
Gare centrale débarcadère des volontés
Carrefour des inquiétudes
Seuls les marchands de couleurs
ont encore un peu de lumière sur leur porte
La compagnie internationale des Wagons-lits
et des Grands Express Européens
m'a envoyé son prospectus :
C'est la plus belle église du monde


J'ai des amis qui m'entourent comme des garde-fous
Ils ont peur quand je pars que je ne revienne plus
Toutes les femmes que j'ai rencontrées
se dressent aux horizons
avec les gestes piteux et les regards tristes
des sémaphores sous la pluie :
Bella, Agnès, Catherine
et la mère de mon fils en Italie
Et celle, la mère de mon amour en Amérique
Il y a des cris de sirène qui me déchirent l'âme
Là-bas en Mandchourie un ventre tressaille encore
comme dans un accouchement
Je voudrais
Je voudrais n'avoir jamais fait mes voyages
Ce soir un grand amour me tourmente
Et malgré moi je pense à la petite Jehanne de France.
C'est par un soir de tristesse
que j'ai écrit ce poème en son honneur
Jeanne
La petite prostituée
Je suis triste je suis triste


J'irai au " Lapin agile "
me ressouvenir de ma jeunesse perdue
Et boire des petits verres
Puis je rentrerai seul
Paris-1913

jeudi 4 août 2016

 En bonne vigile,  guetteuse d'horizons possibles et toujours renouvelés, 
je tenais à partager avec vous, pour bonnes vacances, 
ce très beau texte que Bernard Pelosse a écrit et dont il m'a fait partager les prémices.

Ce texte, depuis ma première lecture, m'accompagne, me booste, 
comme une promesse d'un berceau "pirate et philosophe" , 
pas très éloigné de ce cher "Dan Yack: le plan de l'aiguille" de Cendrars 
qui berce mon moteur depuis toute petite et dont je vous recommande bonne lecture ….
So long, lisez, goutez, et surtout perdez vous dans les hyper-textes proposés… 
Partagez et retrouvons nous à la rentrée pour en découdre!!!!

Pour les paresseux, 
le texte est là 
et pour les autres:

Texte fondateur


«Qu'est ce qui peut conférer toute sa dignité à la vie si ce n'est la mort?»

                                                                                        Eugène Minkovski




         La mort, noyau dur de l'existence. Comment rendre représentable sa   propre mort?    

 Telle est l'une des préoccupations du groupe humain depuis l'aube. En effet, quel imaginaire peut rendre acceptable l'idée de la finitude? Face à ces questionnements ancestraux sont venus récits et fictions combler le néant ainsi ouvert.



Pour suivre Nicolas Grimaldi lorsqu'il dit que «l'irreprésentable de la mort à venir est figuré dans l'expérience métaphysique de l'horizon », le regard se pose alors sur cette frontière qui sépare la terre du ciel et occulte ainsi ce qui réside au-delà. Résidence des attentes, des peurs de ce qui pourrait en advenir, comme aux guetteurs du désert des Tartares (Buzzati).Ligne clôturant l'espace du regardeur, l'horizon a fonction de repères et d'ouverture sur l'inconnu. Face à ce qui est ignoré s'organise une pensée, une imagination, bref une construction résolvant l'inquiétude qui en naît. Au fil du temps, le ciel, dans son énigme, de voûtes aux galaxies, de lieux de paradis en espace de conquête, a donné matière à multiples projections, à d'infinies représentations cherchant à figurer, à chaque fois, une résolution possible face à la mort.



Cependant, l'horizon marque aussi le lieu vers lequel se destinent la marche en avant, le lendemain, l'avenir, autant de temporalités possibles. Et c'est précisément dans la rencontre de l'angoisse du néant et l'imagination d'un temps à venir que sont nés structures de pensées et utopies multiples.Berceau de récits fondateurs, de religions et de dogmes, cette rencontre a permis l'éclosion d'une autre réalité, celle qui précisément viendrait rendre l'actuel supportable. Le tragique serait ainsi canalisé, bordé de figures divines, d'allégories à l'infini, d'hommes nouveaux et autre société parfaite.



Ainsi Thomas More, diplomate au service de Londres et brillant négociateur commercial, invente une cité idéale de grande renommée. De même, qu'en est-il des premiers hommes, au cours du troisième siècle,qui, laissant la « vie du monde » choisissent de s'établir entre eux au service de nouvelles croyances ? Utopie réalisée ? Combien sont-ils, au cours du dix neuvième siècle, à tout quitter de leur vie ordinaires pour créer de toutes pièces des cités égalitaires ? Un millier de tentatives, en occident, qui vont au-delà de l'horizon que le capitalisme industriel impose. Des milliers de personnes quittent ainsi l'ordinaire de la vie pour créer communautés, collectifs ; un groupe humain aux règles communes pour inventer un autre mode de vie. Des villes à travers le monde ont surgi de terre figurant un équilibre retrouvé, terre d'harmonie disent-elles. L'une d'elle, Arcosanti, a été bâtie dans le désert de l'Arizona, en Amérique du Nord.





                                                                            Arcosanti



L'aventure d'Olivier Misson reste ici exemplaire. Fils de bonne famille provinciale, érudit, il partit en mer vers 1670, pirate et philosophe. Opposé à l'esclavage et à la domination par les riches, avec l'abordage de navires d'esclaves ainsi libérés il dirige la création d'une ville au Nord Est de Madagascar, nommée Libertalia. Sans argent ni propriété individuelle, règnent dans la ville l'égalité, l'éducation et une langue nouvelle. Durant plus de cinquante ans, loin du monde, cette tentative a figure de rêve. L'histoire se termine, selon différentes versions, par la destruction de la ville par des tributs malgaches ou par la marine britannique venue éliminer les pirates.



Les tentatives d'instaurer un autre ordre du monde de manière radicale se sont avérées des échecs à moyen terme comme si la réalité ne se laissait pas modifier par la simple édification de paradigmes et leur mise en application sauf à utiliser la violence guerrière ou la conviction du croyant. La civilisation est de longue haleine.



A chaque nouvelle échappée vers une autre façon de vivre, se trouvent convictions philosophiques, religieuses ou idéologiques portées par un groupe humain qui étayent ainsi le commun. Cosmogonie partagée.



Comment s'opère l'adhésion individuelle à cette séparation d'avec une appartenance à un ordre commun devenu obsolète au profit d'un nouveau groupe d'appartenance ? Le malaise éprouvé dans « la vie ordinaire » est protéiforme mais semble s'originer dans un sentiment de frustration allant jusqu'au trouble de l'identité. En effet, difficile de se reconnaître dans un groupe social organisé autour de dogmes et valeurs dont l'individu se sent exclu.



Les paradigmes proposés offrent de nouveaux horizons qui donnent les moyens d'agir ce qui était jusque là impensé. Cette nouvelle identité s'élabore en en délégant une partie aux porteurs de dogmes. L'étude de mouvements sectaires et religieux a mis à jour les formes de dépendance et attachement qui lient la personne aux convictions partagées. La voilà l'une des leurs.



Quels mouvements psychiques sont à l’œuvre alors que l'adhérent aux nouveaux paradigmes se livre à une violence destructrice de ce qui n'est pas dans la convention du nouveau groupe social ? Meurtres et violence (1)accompagnent l'histoire des utopies dangereuses.



Comme le tout petit d'homme se confond avec son désir de toute puissance, l'utopiste meurtrier n'a plus d'obstacle à la mise en actes.



Dès lors, l'archaïque angoisse face à la mort trouve sa résolution dans le tragique ainsi retrouvé.

jeudi 14 juillet 2016

PIRATAGE


ATTENTION!!!!
DE TOUTE ÉVIDENCE, NOUS NOUS SOMMES FAITS PIRATER NOS ADRESSES MAIL 
ORANGE ET WANADOO, 
MERCI DE NOUS CONTACTER POUR L'INSTANT SUR :
isabelle.moulin.iznao@gmail.com

mardi 21 juin 2016

21 JUIN


Avoir ÉTÉ 
(Passé Composé)
C'eût ÉTÉ 
(Subjonctif Plus Que Parfait)

ÊTRE 
ÉTÉ*
=PRÉSENT=

*De l’ancien français esté, forme du verbe ester
lui-même issu du latin stare (« rester debout »), 
apparenté à l’espagnol estar et à l’italien stare.
=
J'AIME BIEN